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N° 313 Du 28 Juillet au 3 Août 2007
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Expérience: Assignés à résidence et heureux de l'être Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
14-02-2007
ImagePour l’écriture et la préparation de leur pièce de théâtre, les membres de la compagnie Biladi sillonnent le Maroc. Jusqu’au 6 février, ils étaient en résidence d’artistes au cœur de Dar Batha. Rencontre avec des artistes peu communs qui ne se contentent pas de partager leur cadre de travail mais aussi leur cadre de vie.
Au cœur de la médina de Fès, Dar Batha s’éveille doucement. Le jour est levé depuis longtemps mais c’est vers onze heures que des comédiens, accompagnés de leur indispensable metteur en scène, se réunissent pour prendre leur petit-déjeuner. À bien y regarder, tout le monde semble à peine sorti de son lit. Un visiteur non-averti pourrait penser que les membres de la troupe se sont endormis la veille sur leur lieu de travail, épuisés par une dure journée. Ou encore en déduire que, pressés de venir fignoler leur pièce, ils en auraient oublié (pour certains) d’ôter leurs pyjamas avant d’attaquer la journée. En vérité, tout le monde est déjà sur place pour une raison très simple : la troupe Biladi est en résidence d’artistes à Dar Batha. Ses membres y travaillent, y dorment, y mangent… En un mot, ils y vivent. Du moins pendant un mois, au terme duquel la troupe va présenter le résultat de ce labeur.

Domicile : résidence d’artistes
ImageJ.A. (Jeune Artiste) cherche lieu avec minimum de contraintes et maximum de confort, pour ne se soucier que d’une chose : la création. Le monde plaisant (et restreint) de la résidence a ceci d’avantageux pour les artistes qu’il leur évite les soucis matériels. Ainsi, ils sont dans de meilleures dispositions pour se concentrer, souvent en groupe sur un projet à élaborer.
Du théâtre aux arts plastiques, en passant par l’écriture ou la composition musicale, diverses disciplines artistiques peuvent parfaitement se prêter à un travail en résidence, que ces artistes soient de jeunes prodiges en herbe ou des talents confirmés. La chanteuse et compositrice Sapho, le metteur en scène Peter Brook ou encore le cinéaste Ali Essafi ont ainsi pu bénéficier du cadre de Dar Batha pour plancher sur des créations qui leur tenaient à cœur.
Sous la houlette de l’Institut français de Fès (IFF), Dar Batha est l’une des premières résidences d’artistes au Maroc à accueillir tout au long de l’année des résidences d’artistes. Depuis, à Marrakech, Rabat, Casablanca ou encore Tétouan, d’autres lieux adoptent plus ou moins régulièrement la même formule, hébergeant des artistes en proie à la création. Jean Dedolin, directeur de l’IFF, confie ne pas avoir besoin de faire de prospection pour accueillir des artistes en résidence. «Nous sommes suffisamment sollicités pour ne pas avoir à y recourir, précise-t-il. Nous veillons par ailleurs à accorder une place importante aux jeunes talents, avec une participation marocaine importante».

De Montpellier à Tanger
ImageAinsi, Jean Dedolin a-t-il été séduit par le projet de la compagnie Biladi, troupe mixte mêlant jeunes artistes marocains et français. Biladi est le fruit d’un projet né du côté de la France. Deux comédiens fraîchement formés à l’École Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier, Jean-Baptiste et Alexandre, envisagent de faire une tournée de la Méditerranée, et de travailler à chaque étape avec des comédiens locaux, autour d’un texte à définir de manière collective. Jean-Baptiste se chargera de l’écriture et de la mise en scène. Première escale : le Maroc. Les deux compères y avaient déjà donné une représentation deux années auparavant. «On y a trouvé une chaleur et une proximité avec le public qui nous manquait en France, se rappelle Jean-Baptiste. C’est ce que nous voulions retrouver avec ce projet».
Pour ce faire, ils débarquent à deux en voiture, et entreprennent la tournée de partenaires qui accepteraient de participer financièrement à cette aventure. À ce stade, le choix des comédiens n’est pas fixé, la pièce n’est pas encore écrite mais le projet séduit néanmoins et trouve un soutien auprès d’Instituts français, du ministère de la Culture ou encore de quelques associations. «Nous étions emballés, très motivés pour mener notre projet à bien explique Jean-Baptiste. Peut-être notre enthousiasme a-t-il été notre meilleur argument».
Pour la partie marocaine, se joignent à la tournée Fatima, Jalila, Jillal, Mohamed et Saïd, issus de l’Isadac (Institut Supérieur d’Art Dramatique et d’Animation Culturelle). Jérémie, acolyte montpelliérain, rejoint à son tour la troupe. Et les voilà tous les huit embarqués pour une expérience plutôt particulière. D’abord en résidence d’artistes à Tanger où commence la première ébauche de la pièce, puis à Fès à Dar Batha. Au moment où vous lirez ces lignes, ils auront probablement déjà rejoint Agadir pour une troisième et ultime résidence avant d’attaquer la tournée fin mars.
ImageUne expérience avec ses hauts et ses bas puisque entre comédiens, comme les bons moments, les brouilles existent aussi. «Ce n’est pas tous les jours facile de partager son lieu de vie et le boulot avec les mêmes personnes. D’autant qu’on ne découvre la personnalité de chacun  qu’une fois lancé dans l’aventure, confie Fatima. C’est pour cela qu’il était important de réunir des personnalités susceptibles de s’entendre». Une donnée qui va de soi mais qui n’en est pas moins essentielle, car comment concilier vie quotidienne et vie de travail si, à force d’être avec ses “collègues”, on finit par se taper sur le système ? «Bien sûr que cela peut arriver, c’est le principe même de la vie de groupe», avoue Jalila, avant d’ajouter que cette expérience demeure, malgré les petites humeurs de chacun, très enrichissante sur bien des plans. Même enthousiasme pour Saïd. Il explique que ce sont justement ces conditions très particulières qui l’ont encouragé à accompagner ce projet, car permettant de nombreux échanges.
Mais encore faut-il avoir l’envie de s’embarquer pour de longs mois dans ce dessein, qui implique forcément des sacrifices. À ce titre, Jean-Baptiste regrette quelque peu l’absence d’une forte culture théâtrale. «Lors de notre recherche de comédiens à l’Isadac, quelques personnes ont refusé le challenge car, ayant fait un peu de télévision et de cinéma, elles ont estimé être passées à un stade supérieur», résume-t-il. En outre, la durée du projet en a freiné plus d’un car au temps consacré aux seules résidences s’ajoute quatre mois de tournée. Au  final, pour la compagnie Biladi, ce sont près de trois mois de résidence et quatre mois de tournée qui auront été consacrés à la pièce de théâtre, à l’intitulé  poétique: «En attendant que la neige tombe».
La pièce se propose d’explorer une trame dramatique, abordant de multiples composantes de l’identité marocaine.

Petits stress entre amis
ImageIls ne sont que sept comédiens, mais interprètent une multitude de personnages, prétextes pour aborder divers thèmes : les valeurs, la modernité, l’exode rural, le côté impersonnel d’une ville, l’Histoire, l’envie de fuite vers l’étranger, la drogue ou encore la prostitution. Jamais avec pathos, préférant le recul et l’humour aux larmes.  Dans cet objectif, la troupe a observé, s’est documentée, s’est basée sur des textes, articles, extraits de livres d’histoires ou de romans tels que ceux de Mohamed Choukri ou de Moha Souag. Pour écrire la pièce, des improvisations ont été proposées autour de diverses thématiques préalablement choisies.
À l’issue de la résidence à Fès, la trame est quasiment finie. Reste à fignoler l’interprétation, enrichir les accessoires et les costumes piochés dans les placards de chacun, mais aussi trouver une chute pour la narration. Pour rendre compte de leur travail, la troupe a dû présenter le 2 février à Dar Batha une partie du travail déjà défini. trente-cinq minutes qui donnent un avant-goût supposé fidèle à l’intégralité de la pièce.
La veille de la représentation, la tension monte d’un cran au sein de la troupe. Certes, ce n’est pas la pièce finale qu’ils doivent présenter mais la confiance se fait moindre puisqu’un premier public s’apprête à découvrir le résultat de deux mois d’écriture et de travail. Les comédiens se chargent de garder en tête les (nombreux) accessoires et costumes dont ils ont besoin. Pour enrichir les décors, des expéditions partent à l’assaut de la cuisine. Un verre ou un plateau, des ustensiles sont empruntés à la cuisinière de Dar Batha, à son insu car elle n’aime pas ça ! Jean-Baptiste veille à la technique, son et lumière, mais aussi à l’interprétation de ses comédiens. Rien ne doit cafouiller. On met en place les décors, on répète, on écoute les indications du metteur en scène, et on recommence ! Pour l’une des scènes nécessitant le son d’une télévision, Jean-Baptiste demande à Jillal de trouver un autre film car celui utilisé contient trop de dialogues. «Normal, taquine Jillal. C’est un film français». Ou comment garder l’esprit léger en période de stress.
Au final, tous se sont plutôt bien sortis de cette première preuve. La proximité avec le public à Dar Batha leur a par ailleurs permis de discuter de leur projet, à l’issue de la représentation. La tournée devrait les mener à travers le Maroc, dans des villes et des villages où la troupe joue soit en salle, soit gratuitement en plein air. En attendant une autre étape en Méditerranée.
 
Aïda Semlal

 
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Editorial
Cyber-justice
Nom de guerre : «Qanass» (le chasseur). Activité : la traque des gendarmes ripoux qui rackettent camionneurs et automobilistes sur les routes marocaines. Ce vidéaste amateur est devenu la coqueluche du Web depuis qu’il a posté sur Youtube, la plate-forme planétaire de partage des vidéos une série d’images éloquentes du manège incessant de la soldatesque corrompue du général Hosni Benslimane. Images volées à vomir d’hommes en uniforme détroussant à tour de bras leurs victimes forcément consentantes.
 
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